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A coups de labels et d’études, le gouvernement espère maîtriser l’empreinte environnementale du numérique

A coups de labels et d'études, le gouvernement espère maîtriser l'empreinte environnementale du numérique
A coups de labels et d’études, le gouvernement espère maîtriser l’empreinte environnementale du numérique © Bru-nO/Pixabay

Le gouvernement présente ce mardi 23 février sa feuille de route “numérique et environnement” portée par la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, et le secrétaire d’Etat au Numérique Cédric O. Elle succède à plusieurs concertations et répond en partie aux préoccupations soulevées par la Convention citoyenne pour le Climat.

15 mesures conventionnelles
L’objectif est double : maîtriser l’empreinte environnementale du numérique et utiliser le numérique comme levier de la croissance écologique. Pour y arriver, le gouvernement proposer une série de 15 actions qui, pour la plupart, ne sont absolument pas nouvelles.

Dans sa feuille de route, le gouvernement affirme que le secteur du numérique représenterait “au moins 2 % des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation d’eau en France”, citant “des études” du Sénat et du cabinet de conseil GreenIT. A titre de comparaison, la production d’électricité reste le premier secteur émetteur de CO2 dans le monde, avec 41 % du total des émissions dues à la combustion d’énergie. Elle est suivie par les transports (25 %) et l’industrie (18 %, y compris la construction). En proportion, le numérique représente donc une goutte d’eau.

D’ailleurs, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui fait figure de référence dans ce secteur, ne fait pas du numérique un axe majeur pour atteindre la neutralité carbone en 2050, soit un état d’équilibre entre les émissions de GES d’origine humaine et leur retrait de l’atmosphère par l’homme ou de son fait.

Constituer des bases de données sur l’empreinte du numérique
Mais le gouvernement en est persuadé : le problème est l’absence de “méthodologie de quantification de l’empreinte numérique sur l’environnement”. Le premier axe de sa feuille de route porte donc sur la constitution de bases de données sur ce sujet permettant d’éclairer les acteurs du secteur les bonnes pratiques à adopter. Ce projet est porté par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Le gouvernement souhaite également lancer une étude sur le développement des objets connectés, qui sera complétée par des propositions de mesures permettant de mieux prendre en compte leurs effets. Sur ce sujet, le cabinet GreenIT allait jusqu’à proposer une “mutualisation” des équipements à l’échelle d’un immeuble par exemple.

Avantageux sur le papier, cette idée peut sembler un peu utopique. Déjà, parce que les logements doivent être équipés de parties communes appropriées, mais surtout parce qu’elle repose sur le volontariat. A l’ère d’une personnalisation toujours plus poussée de la consommation, qui accepterait une telle évolution ?

Développer une filière du réemploi et du reconditionnement
Une partie importante de la feuille de route interministérielle porte sur la fabrication des équipements, qui représenterait “75 % de l’empreinte environnementale du numérique”, un chiffre n’a pas vraiment de sens s’il n’est pas accompagné d’une unité de mesure. Lors de cette fabrication, ce sont surtout les étapes d’extraction des matières premières et leur transformation en composants électroniques qui induisent ce coût énergétique.

Pour agir sur ce terrain, le gouvernement souhaite développer “une filière française du réemploi et du reconditionnement” pour prolonger la durée de vie des équipements “tout en favorisant l’emploi local”. Une partie de ces ambitions est déjà intégrée dans la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (AGEC). Un décret relatif à la définition de “produit reconditionné” entrera en vigueur au 1er avril 2021. A partir de cette définition, le gouvernement souhaite mettre en place “un label sur le reconditionné” pour “affermir la confiance des consommateurs”.

La Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) se voit confier une enquête sur le fonctionnement du marché de l’après-vente de “terminaux numériques” pour identifier les frais au développement de la réparation et du reconditionnement. De son côté, l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) devrait mener une réflexion sur les pratiques commerciales des téléphones mobiles subventionnés, dont les téléphones à “1 euros”.

Réduire la consommation des data centers
Comme à chaque fois que l’empreinte du numérique est abordée, la question des data centers est mise sur la table. Ils représenteraient “14 % de l’empreinte carbone du numérique français”. Ainsi, le gouvernement souhaite imposer des objectifs “ambitieux” de réduction de la consommation énergétique via un décret. Il table sur une réduction de 40 % d’ici 2030. 

En réalité, cette consommation est largement surévaluée, d’après une étude publiée dans Science en février 2020.  Les chercheurs affirment que bien que la quantité de calcul dans les data centers ait plus que quintuplé entre 2010 et 2018, la quantité d’énergie électrique consommée n’a augmenté que de 6 % sur la même période. Ce paradoxe est dû à l’amélioration de l’efficacité énergétique.

Ainsi, en 2018, la consommation électrique des data centers est de “205 térawattheures d’électricité”, soit environ 1 % de la consommation mondiale.

Accompagner les GreenTech
Enfin, le gouvernement souhaite de faire du numérique “un outil pour l’écologie”. Il prévoit la création d’un fonds de 300 millions d’euros destiné aux projets des start-up impliquées dans l’environnement et un accompagnement renforcé pour une vingtaine de jeunes pousses “à fort potentiel”.

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